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Plastiques circulaires : quand Bruxelles remet de l’ordre dans le jeu

• 8 janvier 2026 • par Joseph TAYEFEH
Plastiques circulaires : quand Bruxelles remet de l’ordre dans le jeu
Marché unique, concurrence loyale, recyclage et investissements : Bruxelles propose une feuille de route qui parle enfin le langage de l’industrie plastique.

Il y a des annonces qui relèvent de l’incantation, et d’autres qui marquent un véritable changement de cap.

Le paquet de mesures présenté par la Commission européenne en faveur de l’économie circulaire, et plus particulièrement du secteur des plastiques, appartient clairement à la seconde catégorie.

Alors que certaines politiques publiques, notamment en France, se contentent de rappeler des objectifs abstraits voire inatteignables, ou de fixer de nouvelles contraintes. L’UE s’attaque aux verrous structurels qui empêchent la circularité de fonctionner à l’échelle industrielle : fragmentation du marché, concurrence déloyale, instabilité réglementaire, absence de visibilité pour l’investissement.

C’est une évolution que Plastalliance appelle de ses vœux depuis des années et que j’avais théorisé dans « Plastique bashing : L’intox ? (Le Cherche Midi, octobre 2023).

 Merci « Super Mario »

La Commission assume désormais un message clair : la circularité n’est pas seulement une affaire environnementale, c’est un levier de compétitivité, de sécurité économique et d’autonomie stratégique.

Cette lecture rejoint pleinement les constats du rapport Draghi publié en septembre 2024, la « boussole de la boussole » comme j’ai pu l’appeler, qui rappelle que l’Europe ne gagnera pas la bataille industrielle sans une utilisation plus efficace de ses ressources.

Les chiffres cités par le Centre commun de recherche sont sans ambiguïté :

  • jusqu’à 45 % de réduction des émissions climatiques pour le secteur,

  • une meilleure décarbonation énergétique,

  • et 18 milliards d’euros d’amélioration annuelle de la balance commerciale d’ici 2050.

Autrement dit, la circularité n’est pas un luxe moral, mais une nécessité économique.

Un diagnostic lucide sur la crise du recyclage européen

La Commission met enfin des mots sur ce que les industriels constatent sur le terrain :

  • fragmentation persistante des marchés des plastiques recyclés,

  • coûts énergétiques élevés,

  • volatilité du prix du plastique vierge,

  • concurrence déloyale de pays tiers (la Chine n’est pas citée mais tout le monde pense à elle)

  • pertes financières et sous-utilisation des capacités de recyclage.

Cette lucidité est salutaire.

Car sans marché, il n’y a pas de circularité. Et sans règles claires, il n’y a pas d’investissement.

Fin du statut de déchet : une avancée structurante

Parmi les annonces les plus structurantes figure la création de critères européens de fin du statut de déchet pour les plastiques.

C’est une mesure clé.

Elle permet enfin de considérer les plastiques recyclés comme ce qu’ils sont réellement : des matières premières secondaires, destinées à circuler librement dans le marché unique.

Pour les recycleurs – et en particulier les PME – cela signifie :

  • des procédures administratives simplifiées, notamment pour les TPE/PME

  • une sécurité juridique renforcée,

  • un accès plus fluide à des débouchés européens,

  • et une qualité homogène des matières recyclées.

C’est exactement le type de décision pragmatique dont la filière avait besoin.

Contenu recyclé et recyclage chimique : la fin des faux débats

Autre signal important : l’acte d’exécution relatif au contenu recyclé des bouteilles PET.

La Commission reconnaît explicitement que le recyclage chimique, sous conditions strictes, peut contribuer aux objectifs européens en complément du recyclage mécanique.

C’est une clarification attendue, qui met fin à des débats idéologiques stériles et ouvre la voie à :

  • une meilleure sécurité juridique,

  • une reconnaissance technologique équilibrée,

  • et surtout au déblocage d’investissements industriels indispensables.

Concurrence loyale : un préalable indispensable

Créer des codes douaniers distincts pour les plastiques vierges et recyclés est une mesure de bon sens longtemps attendue.

Elle permettra enfin :

  • une meilleure traçabilité,

  • une application effective des règles européennes,

  • et un contrôle réel des importations.

Le suivi annoncé des marchés mondiaux des plastiques est également essentiel.

La circularité européenne ne survivra pas si elle est systématiquement concurrencée par des produits importés ne respectant ni les mêmes normes environnementales, ni les mêmes exigences sociales.

Investir, innover, coopérer : la dimension industrielle retrouvée

Le soutien aux projets circulaires via la Banque européenne d’investissement, les banques nationales et les pôles transrégionaux de circularité marque un retour à une logique industrielle assumée.

La circularité a besoin :

  • de volumes,

  • de spécialisation intelligente,

  • de coopération transfrontalière,

  • et de visibilité à long terme.

L’outil pilote de coordination de la compétitivité (CCT) va dans le bon sens.

Évaluer la directive SUP : ouvrir le débat, enfin

Enfin, l’évaluation annoncée de la directive sur les plastiques à usage unique est une étape essentielle.

Évaluer, ce n’est pas renoncer : c’est vérifier si les objectifs ont été atteints, à quel coût, et avec quels effets réels sur l’environnement, la santé et l’industrie.

Plastalliance participera pleinement à cette consultation, convaincue qu’une politique crédible doit s’appuyer sur des résultats mesurables, pas sur des postulats.

Une inflexion bienvenue, à confirmer dans la durée

Ce train de mesures ne résout pas tout.

Aussi longtemps que l’enfouissement et l’incinération des emballages plastiques resteront structurellement plus rentables que le recyclage, la circularité demeurera fragile, malgré les meilleures intentions réglementaires.

On ne bâtit pas une économie circulaire sur des désincitations molles.

Tant que l’on continuera à orienter, par la fiscalité et les modèles économiques, des flux de matières vers des solutions de facilité (enfouir ou brûler, même pour faire de l’énergie), plutôt que vers des solutions de valeur (recycler, réincorporer, réindustrialiser), le marché des gestionnaires de déchets fera ce qu’il a toujours fait : suivre la rentabilité,

Dissuader massivement l’enfouissement et l’incinération des emballages plastiques n’est donc pas une posture idéologique : c’est une condition industrielle.

C’est le complément logique de la fin du statut de déchet, de la relance du marché des matières recyclées et de la sécurisation des investissements.

Si l’Europe veut vraiment que le plastique recyclé trouve sa place, alors elle doit rendre économiquement incohérent le fait de le détruire. La loi sur l’économie circulaire annoncée pour 2026 sera un véritable test.

Bruxelles a ouvert la bonne porte. Il reste désormais à s’assurer que toutes les sorties les plus faciles ne restent pas ouvertes.