Plastalliance

Le détroit d’Ormuz se verrouille : face au choc mondial, la France doit stopper son propre sabordage industriel

• 3 mars 2026 • par Joseph TAYEFEH
Le détroit d’Ormuz se verrouille : face au choc mondial, la France doit stopper son propre sabordage industriel
Nous y sommes. Nul ne peut plus feindre la surprise ni minimiser l'embrasement du Moyen-Orient. Ce qui n'était qu'une menace latente est devenu une réalité brutale en ce début mars 2026 : avec l'escalade militaire entre l'Iran, Israël et les États-Unis, le détroit d'Ormuz est de facto verrouillé.

Les chancelleries s’agitent, les experts militaires monopolisent les plateaux télévisés, mais la véritable onde de choc, silencieuse et implacable, est économique. Quand les Gardiens de la révolution interdisent le passage, que les armateurs stoppent leurs navires et que les assureurs mondiaux annulent purement et simplement leurs couvertures, c’est l’artère jugulaire de l’industrie mondiale qui est sectionnée. Près d’un cinquième du pétrole et un cinquième du gaz naturel liquéfié au niveau mondial s’y retrouvent piégés. Le péril que l’on croyait conjuré est de retour : le choc d’offre majeur, violent et immédiat.

Dans cette tempête, l’économie du réel — celle de la plasturgie et des composites — se prend la vague de plein fouet. Notre matière première, très majoritairement issue de la pétrochimie, va subir mécaniquement l’explosion des cours de l’or noir. Or, nos matériaux sont partout : emballage agroalimentaire, composants automobiles, aéronautique, matériel médical. Cette hausse de nos coûts de production va se propager comme une traînée de poudre sur une myriade de secteurs avals. L’inflation importée va de nouveau frapper le chariot de courses et le pouvoir d’achat des Français.

La triple peine : notre masochisme réglementaire doit cesser

Mais à cette double peine mondiale (logistique et énergétique), l’industrie française s’en inflige une troisième, purement endogène et, disons-le franchement : mortifère.

Alors que le monde s’embrase et que nos concurrents internationaux sécurisent leurs arrières coûte que coûte, la France s’obstine à lester ses industriels de boulets normatifs que nous sommes les seuls au monde à nous imposer. La surtransposition frénétique des textes européens (comme l’illustre le projet de loi DDADUE) et l’empilement punitif, dogmatique et aveugle de la loi AGEC relèvent aujourd’hui du suicide économique. Disons les choses telles qu’elles sont : c’est un sabordage en règle orchestré par notre propre administration.

L’ironie de cette situation est cruelle. Pour nous affranchir de la dictature du baril de pétrole, l’alternative existe et elle est industrielle : le plastique recyclé, notamment dans les emballages (qui représentent plus de 40 % de notre secteur). Mais structurer un gisement massif et pérenne est un défi colossal. Or, la réalité du terrain est implacable. Comment voulez-vous que nos entreprises investissent des millions d’euros dans l’économie circulaire et les capacités de recyclage quand, dans le même temps, l’État français cherche par tous les moyens à interdire le plastique à usage unique ? On nous demande de survivre à un tsunami mondial, tout en nous obligeant à monter sur le ring avec les mains liées dans le dos par des contraintes administratives absurdes.

L’heure de l’abrogation

Cet électrochoc géopolitique doit balayer nos naïvetés. La fameuse « souveraineté industrielle », mantra répété à l’envi par l’exécutif sur les estrades, révèle aujourd’hui sa profonde hypocrisie. La souveraineté ne se décrète pas dans les ministères ; elle se jauge à notre capacité à faire tourner nos usines quand le monde s’arrête.

On ne peut pas amortir un tel choc international sans desserrer l’étau national. Puisque l’État ne pourra pas indéfiniment compenser l’explosion de la facture énergétique par des chèques publics financés par la dette, il doit utiliser le seul levier gratuit, immédiat et salvateur dont il dispose : la simplification radicale.

L’urgence absolue commande l’abrogation des mesures françaises contraires au droit européen et des dispositifs les plus punitifs issus de la loi AGEC. Plus ce conflit moyen-oriental s’enlisera, plus l’asphyxie guettera nos usines. L’urgence d’agir pour libérer nos entreprises n’est plus un élément de langage, c’est une question de survie.

Le détroit d’Ormuz est de facto fermé. La France, elle, doit enfin ouvrir les yeux sur son propre sabordage.

 

Ce 8 avril 2026, le Conseil d’État a rendu une décision historique en donnant raison à Plastalliance : la plus haute juridiction administrative a annulé le décret gouvernemental qui prétendait bannir les contenants en plastique de nos cantines scolaires en supprimant purement et simplement sa définition légale.

Derrière le jargon juridique (l’annulation de l’article D. 541-338 du code de l’environnement), le message envoyé par les juges est clair et cinglant. Le gouvernement a fauté, par excès de zèle et par dogmatisme. L’État est d’ailleurs condamné à verser 3 000 euros à notre syndicat.

Voici pourquoi cette décision est fondamentale.

 

Scoop pour l’Etat français : le réutilisable n’est pas l’usage unique !

Pour justifier cette chasse aux sorcières contre les contenants en plastique, le gouvernement s’est longtemps abrité derrière l’Union européenne. L’argument ? « C’est la faute de Bruxelles ». Le Conseil d’État vient de pulvériser cette excuse.

La justice rappelle une évidence que Plastalliance martèle depuis des années : la directive européenne de 2019 ne vise expressément que la réduction des plastiques à usage unique (et encore, certains items comme les pailles, touillettes etc). En tentant d’interdire, par la bande, les contenants en plastique réutilisables et durables, la France a fait de la surtransposition sauvage et illégale. Le plastique réutilisable est un pilier de l’économie circulaire, il a toute sa place dans nos réfectoires.

En voulant imposer cette interdiction de force, le gouvernement a créé une « règle technique » ayant un impact sur les échanges économiques et sur le marché intérieur, sans même daigner la notifier à la Commission européenne au préalable. Craignait-elle sa réaction pour l’ignorer ? Une faute de procédure majeure qui lui vaut aujourd’hui cette annulation.

La ruine des maires et le dos cassé des agents de cantine

Au-delà du droit, c’est la réalité du terrain qui triomphe. Prévue pour s’abattre en 2028 sur les communes de moins de 2 000 habitants, cette interdiction était une bombe à retardement financière et sociale.

Remplacer le plastique ? Très bien, mais par quoi et à quel prix ? Le verre, l’acier, l’aluminium ou la céramique sont issus d’industries ultra-énergivores, lourdement dépendantes du gaz fossile. Leurs coûts explosent. Imposer ces matériaux aux petites collectivités, c’était les condamner à des dépenses faramineuses qu’elles ne peuvent plus supporter. Sans parler des coûts de transport et de carburant pour les opérations de lavage quand celui-ci n’est pas internalisé, coûts qui augmentent quand le poids transporté est plus important. Ce n’est pas une théorie, c’est de la physique.

Et que dire de l’humain ? Demandez aux agents territoriaux ! Remplacer les bacs de restauration en plastique par des bacs en inox ou en verre, c’est multiplier le poids des charges portées à bout de bras chaque jour. C’est transformer le moment du repas en un enfer sonore insupportable pour le personnel comme pour nos enfants.

La preuve par l’hôpital : le plastique est sûr

Preuve absolue de l’absurdité de cette cabale anti-plastique : le Conseil d’État n’a pas touché aux exemptions que le décret prévoyait pour les services de pédiatrie, d’obstétrique et de néonatalogie.

Rappelons les produits plastiques concernés par cette liste :

« 1° Les contenants constitutifs d’un dispositif médical défini à l’article L. 5211-1 du code de la santé publique ;

« 2° Les contenants utilisés afin de garantir un niveau de sécurité et d’hygiène suffisant aux personnes nécessitant une alimentation stérile ;

« 3° Les contenants de produits transformés préemballés, tels que définis à l’article 2 du règlement (CE) n° 852/2004 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relatif à l’hygiène des denrées alimentaires et à l’article 2 du règlement (UE) n° 1169/2011 du Parlement européen et du Conseil du 25 octobre 2011 concernant l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires, dès lors qu’ils n’ont pas vocation à être réchauffés ;

« 4° Les contenants de denrées alimentaires et substituts définis par le règlement (UE) 609/2013 du Parlement européen et du Conseil du 12 juin 2013 concernant les denrées alimentaires destinées aux nourrissons et aux enfants en bas âge, les denrées alimentaires destinées à des fins médicales spéciales et les substituts de la ration journalière totale pour contrôle du poids, dès lors qu’ils n’ont pas vocation à être réchauffés ;

« 5° Les tétines et bagues de serrage des biberons ;

« 6° Les films utilisés comme opercules, les couvercles et autres moyens de fermeture et les joints, dès lors qu’ils n’ont pas vocation à être réchauffés ;

« 7° Les couverts, lorsque l’élément en matière plastique dont ils disposent a été conçu dans le but d’écarter tout risque de blessure pour les jeunes enfants ;

« 8° Les contenants dont l’élément en plastique conçu à des fins d’ergonomie ou de barrière thermique ou sonore n’entre pas en contact avec les denrées alimentaires. »

Pourquoi ? Parce que le plastique reste le matériau le plus sûr, le plus hygiénique et le plus adapté dans les environnements critiques. S’il est indispensable et sûr pour nos nourrissons à l’hôpital, par quel miracle deviendrait-il soudainement toxique pour des enfants de 6 ans à l’école ? Rappelons que les contenants en plastiques sont toujours restés autorisés dans les prisons, les services de soins courants, les festivals ou les fast-foods. La science et la logique ont fini par l’emporter sur l’idéologie.

 

Les seuls à ne pas avoir détourné le regard

Dans ce combat, il faut d’ailleurs souligner une vérité qui dérange : Plastalliance a été la seule organisation de la profession à monter au créneau pour défendre ce secteur. Là où d’autres ont préféré baisser les bras, courber l’échine ou purement et simplement détourner le regard, estimant la bataille perdue d’avance face au rouleau compresseur médiatique et politique, nous avons refusé d’abandonner nos industriels et les collectivités. Nous avons fait le choix de la combativité, de la rigueur juridique et de la vérité scientifique. Ce résultat prouve qu’il ne faut jamais céder à la fatalité.

Et maintenant ? Nous veillons au grain

Avec l’annulation des définitions des contenants, c’est l’ensemble de l’interdiction qui s’effondre. Les collectivités, petites et grandes, retrouvent aujourd’hui la liberté totale de choisir le matériau qu’elles jugent le plus pertinent, le plus ergonomique et le plus économique pour leurs cantines.

Si le gouvernement souhaite s’entêter et rédiger un nouveau décret, il est prévenu : il devra cette fois-ci passer sous le contrôle rigoureux de la Commission européenne. Et Plastalliance sera là.  

Le Conseil d’État n’a même pas eu besoin d’examiner nos autres arguments (notamment la violation du nouveau règlement européen PPWR sur les emballages) pour annuler le texte. Nous gardons donc nos munitions intactes.

Plastalliance continuera de défendre sans relâche la réalité industrielle, l’emploi en France et en Europe, et la liberté de nos territoires face aux dérives de l’écologie punitive.