Plastalliance

Consigne pour recyclage des bouteilles en plastique

• 20 mai 2026 • par Joseph TAYEFEH
Consigne pour recyclage des bouteilles en plastique
Plastalliance salue le cap fixé par le Chef de l’Etat face à l’hypocrisie ambiante

Le 19 mai 2026, à l’occasion de son cinquième conseil de planification écologique, le Président de la République a officiellement demandé au gouvernement d’engager des concertations pour la mise en place d’une consigne pour les bouteilles en plastique. En tant que représentant de l’industrie de la plasturgie et des composites, je salue cette prise de position courageuse et pragmatique. Il était grand temps de briser le statu quo et de faire primer la véritable économie circulaire sur les postures politiciennes et le « plastique bashing ».

Le débat sur la consigne révèle les véritables intentions de chacun. Face au mur de la réalité européenne, l’annonce présidentielle agit comme un révélateur des paradoxes et du cynisme de ceux qui s’opposent à notre industrie.

 

Le mur de la réalité financière et européenne

Emmanuel Macron a mis le doigt là où ça fait mal : la France paie aujourd’hui 1,5 milliard d’euros de pénalités parce qu’elle ne respecte pas les normes européennes de recyclage. Notre pays est en effet devenu en 2023 le premier contributeur européen à la taxe sur les emballages plastiques non recyclés avec 1,564 milliard d’euros payés. L’Allemagne qui produit plus de deux fois plus de plastique que nous paye moins ! Et pourquoi ? Parce qu’elle recycle mieux.

La Commission européenne exige que nous atteignions un taux de collecte des bouteilles plastiques de 90 % d’ici 2029. Or, nous stagnons misérablement autour de 55 %. Face à ce retard accumulé et à l’urgence environnementale, la consigne n’est pas une option, c’est le seul levier d’action véritablement efficace pour atteindre ces objectifs de collecte et de recyclage.

 

L’aveuglement financier des collectivités territoriales

Immédiatement après l’annonce présidentielle, la levée de boucliers des associations d’élus (AMF, France urbaine, Intercommunalités de France) ne s’est pas faite attendre, fustigeant une « aberration environnementale et financière ».

La réalité est beaucoup plus cynique : la consigne remettrait en cause l’équilibre financier de ces collectivités. Certains acteurs de la gestion des déchets ne veulent tout simplement pas lâcher la bouteille en PET car elle est, pour eux, vitale financièrement. Ils craignent une captation par le secteur privé de ces déchets qui ont le plus de valeur, les laissant seuls gestionnaires des déchets les plus difficiles à valoriser.

Ne nous voilons pas la face : si le recyclage patine, c’est aussi car les emballages plastiques finissent en France, pour leur immense majorité, à l’incinération et à l’enfouissement. Certains gestionnaires de déchets ont manifestement leurs modes de fin de vie préférés, qui s’avèrent être assurément les plus rentables, bien loin des vertus de l’économie circulaire qu’ils aiment tant prêcher.

Il est d’ailleurs particulièrement singulier de voir des associations prétendant représenter ces collectivités, comme Amorce, se plaindre des conséquences financières de la perte de la bouteille en PET, mais qui viennent de l’autre côté demander de diminuer la quantité d’emballages plastiques dont font partie les bouteilles plastiques ! Dans ce dernier cas, la perte de volume (et donc de recettes) ne les dérangerait-elle soudainement plus ?  Cette injonction paradoxale démontre bien que l’argument économique n’est qu’un prétexte pour maintenir un statu quo qui les arrange. Pourtant, retirer la bouteille de la poubelle jaune est précisément le meilleur moyen de désengorger le système et d’obliger enfin ces acteurs à s’occuper des 70 % d’emballages plastiques restants qui peinent encore à être recyclés

 

La tartufferie des ONG et la fable de la « fausse consigne »

Du côté des associations antiplastiques (France Nature Environnement, No Plastic in My Sea, Surfrider, Zero Waste France), l’annonce présidentielle est perçue comme un frein à leur véritable dogme : la réduction à la source et l’éradication du plastique à usage unique.

Pour discréditer cette avancée, elles ainsi que des représentants de collectivités, ont inventé de toutes pièces le concept de « fausse consigne pour recyclage ». Elles pointent un dispositif qui « banaliserait l’utilisation des bouteilles plastiques ». Pourtant, Zero Waste Europe elle-même admettait que les systèmes de consigne sont le seul moyen d’atteindre l’objectif de collecte de 90 % fixé par l’Europe d’ici 2029 !

Leur hostilité ne relève pas de la science ou de la défense de l’environnement, mais d’une idéologie mortifère : sortir du tout plastique, même quand celui-ci est parfaitement recyclable et effectivement recyclé. Si la consigne ne trouve pas grâce à leurs yeux, c’est parce qu’elle démontre qu’une voie alternative à l’interdiction totale est possible.

En conclusion

Plastalliance, seule organisation représentative de la filière plastique en France à être indépendante financièrement des gestionnaires de déchets (Paprec…) que ce soit directement ou indirectement, soutient historiquement la mise en place d’une consigne pour recyclage des bouteilles en plastique. Ce système, véritable nécessité pour notre souveraineté industrielle, deviendra de toute façon obligatoire dans toute l’Union européenne en 2029 par l’application du règlement 2025/40 (dit « PPWR ») , que ses détracteurs le veuillent ou non.

Plutôt que de s’obstiner dans un refus stérile, il vaut mieux anticiper pour les collectivités territoriales et négocier dès aujourd’hui. Pourquoi ne pas exiger, par exemple, de se voir reverser une partie de la taxe européenne économisée grâce à l’augmentation des volumes recyclés ? Il est grand temps d’être pragmatique plutôt que d’attendre de se prendre le mur en pleine figure.

Ce système est vital pour notre souveraineté industrielle. Il permettra de sécuriser l’approvisionnement en matière première secondaire de haute qualité, d’éviter la dispersion des déchets dans l’environnement et de réduire drastiquement notre facture européenne. Il permettra également d’éviter notre dépendance au pétrole. Dans un monde multipolaire et volatil où des crises mondiales, comme celle du détroit d’Ormuz, peuvent à tout moment faire flamber les coûts et menacer nos approvisionnements , la matière plastique recyclée est un véritable bouclier stratégique.

À ce titre, le rapport sur la guerre informationnelle dans le secteur des plastiques et composites, établi par le Centre de Recherche Appliquée de l’École de Guerre Économique (CR451/EGE) , constitue un excellent témoignage des positions des uns et des autres. Il met parfaitement en lumière les stratégies d’influence, les attaques informationnelles et les véritables agendas économiques qui se cachent derrière les postures environnementales.

Nous appelons le gouvernement à mener cette concertation à son terme et avec ambition, sans trembler face aux intérêts financiers de l’incinération ou de l’enfouissement et à l’ « obscurantisme vert » comme le dirait Yves Roucaute. Arrêtons de condamner, commençons à recycler.